samedi 5 juillet 2014

Rêve d'un chat d'appartement




Attraper un oiseau sur un balcon, ça c’est fait ! Je ne parle pas de moi, bien sûr, mais de mon fauve. Le félin qui m’a inspiré Kiwi, le chat de Lucas dans Jolek. Non, il n'a pas surpris un Conteur de lune. Il a réussi à capturer un jeune étourneau.
Il fallait choisir : enregistrer la scène ou lancer l'opération sauvetage. J’ai opté pour la seconde solution. D’abord, parce que mon félin est bien nourri (autant laisser les proies aux chats qui n’ont pas grand-chose à se mettre sous la dent). Ensuite, car je n’avais pas très envie de nettoyer après le carnage. Cette fois, aucun blessé !

Photo d’illustration : le chasseur, 12 ans, toujours en pleine forme, choisit une tenue camouflage.

mardi 1 juillet 2014

Janet Frame, Le jardin aveugle

Présentation de l’éditeur : Dans ce texte, Janet Frame utilise la vaste palette des perceptions sensorielles pour explorer l'ambiguïté de la communication : Erlene a cessé de parler parce que «à chaque fois qu'elle ouvrait la bouche pour dire quelque chose, sa voix, de la cachette où elle se dissimulait, lui rappelait qu'il n'y avait rien à dire et pas de mots pour le dire» ; Vera, sa mère, mue par un sentiment de jalousie, de dépit et de culpabilité, est devenue aveugle à force de volonté ; et enfin Edward, son père, les a abandonnées pour retracer l'arbre généalogique d'une autre famille vivant dans un pays lointain. Ces portraits d'individus incarnent avec une rare éloquence la parole, la vie, les émotions humaines.
L’approche, l’ambiance, surprennent et intriguent. Chacun des personnages semble enfermé dans son propre univers, mais ils sont liés par la même difficulté à appréhender le temps, le langage, la solitude, et la mort.
Erlene parle seulement à Oncle Scarabée qui, installé sur l’appui de la fenêtre, fabrique des cercueils pour les haricots morts. "Les gens redoutent le silence car il est transparent ; tel une eau translucide qui laisse entrevoir chaque obstacle - qu’ils soient usés, morts, noyés, - le silence révèle les mots et les pensées au rebut que l’on a jetés là pour obscurcir son flot limpide. Et quand les gens regardent le silence de trop près, ils se retrouvent face à leur propre reflet, leurs ombres amplifiées dans les profondeurs, et cela les terrifie."
Edward fuit le silence de sa fille en partant à Londres pour s’intéresser à l’histoire des Strang, une famille qu’il ne connaît pas. "Je pleure les morts des temps anciens dont les vies sont insérées entre les grandes failles de siècles qui me sont inconnus. Je n’ai jamais entendu – sauf en imagination – les morts du passé parler, rire ou sangloter".
Troublée par le mutisme de sa fille, Vera, s’interroge, écrit, se replonge dans son passé, (l’occasion pour Janet Frame d’évoquer les paysages de son enfance dans le sud de la Nouvelle-Zélande). "Et personne ne sait à quel point le monde est usé, défiguré par le frottement incessant du regard humain sur ses tranches, ses angles et ses pages ouvertes."
En alternant la première et la troisième personne, en glissant d’un point de vue à un autre, la narration permet de donner la parole aux trois personnages, de comprendre leurs relations.
Mais il ne s’agit pas seulement de sensations. Janet Frame nous montre comment se déroule le fil de la pensée, "car les rêveries envahissent et conquièrent les territoires et, tout comme les mots, y instaurent leurs formes de dictature". Elle illustre la façon dont émotions et réflexions s’articulent, jusqu’à affecter le rapport au réel. Le silence d’Erlene pose la question du trouble mental, bien sûr (l’auteure a été internée à tort en psychiatrie), mais en restant dans la sphère poétique et romancée. "La folie n’est qu’une journée porte ouverte dans la fabrique de l’esprit", pense Véra.
L’obsession des personnages pour le langage explique ce style poétique, très imagé. Il faut trouver les mots pour s’exprimer, des mots "dont les projecteurs balaient les mers afin de secourir les pensées, ou de les mettre en garde contre les marées dangereuses, les courants contraires, les menaces de tempêtes" Erlene.
Pourtant, Janet Frame sait poser des touches d’humour, légères et subtiles, dans ce labyrinthe de pensées, très bien construit. Le lecteur n’est pas perdu, malgré ces changements de points de vue. Plus on avance dans le roman, plus le sens se dévoile. Peu à peu, Janet Frame offre des clés, pour aboutir à une fin étonnante, qui donne une autre dimension au roman ; on le déroule alors à rebours. Janet Frame mêle habilement sa propre expérience et ses préoccupations sur son époque. Pour éviter de casser l’effet, je n’en dirai pas davantage. Mais grâce à cette fin, on comprend que Janet Frame sait aussi jouer avec la perception des lecteurs.
C’était ma première rencontre avec cette auteure que j’ai envie de continuer à découvrir. Je le conseille à tous les lecteurs qui aiment sortir des sentiers battus.
Dans son billet sur Towards another summer, Flo relève également les thèmes du langage et des paysages.

D'autres avis sur ce jardin aveugle sur le blog De Litteris et sur celui d'Yvon.

lundi 30 juin 2014

Azurane

Une grand-mère fée dans la fleur de ses deux cents ans, à la recherche de son mari disparu ; une jeune humaine dégourdie et solitaire, attirée par un étang qu’on dit hanté par le démon : Azurane et Margot appartiennent à deux mondes qui se croisent et se redoutent sans jamais se rencontrer, mais parfois la réalité est plus étrange que la magie des Aëlyres...
Oskar , 2013, 176 pages.
Graphisme de Jean-François Saada, illustration de Asahi

Sélections
« Cette belle aventure fantastique va permettre à l’auteure d’aborder des thèmes importants tels la pollution, l’industrialisation à outrance, la dépression, et l’absence d’un être aimé dans une écriture belle et délicate et dont les personnages sont forts et attachants ».

... "En plus d'une histoire très intéressante, l'auteure a réussit a créer son propre monde et a se démarquer des autres livres jeunesse par une sensibilité et un regard sans fard sur notre société. Un livre qui allie aventures et sujets de société  de manière habile et sans tomber dans l'ennuyeux mais qui au contraire relance l'intérêt du lecteur grâce a une belle histoire et a des personnages attachants".

Des mêlées de lecture 
" Une histoire magique, écrite d’une plume délicate et envoûtante. (...) Un petit bijou dans la littérature enfantine. Seul regret j’aimerais d’autres aventures d’Azurane et de son petit fils."

Entre les pages
http://entrelespages.wordpress.com/2013/12/29/azurane/
"L'intrigue principale est un joli subterfuge entraînant enrobé d'une fine poudre magique qui reste collée sur les doigts après la lecture."

Livres Ados
http://cdilumiere.over-blog.com/2014/01/azurane-na%C3%AFk-feillet-oskar-fantasy-2013.html

"Un joli récit doux et poétique".



Jolek, le conteur de lune



Épuisé

Naïk Feillet, Jolek le Conteur de lune, éditions du Seuil, collection Chapitre, octobre 2009, 150p. 8,50€
Illustration de couverture, Laura Csajagi.
4e de couverture...« Le lutin claqua des doigts, et la lampe s’orienta vers l’espace libéré, transformé en scène de théâtre. »

À 10 ans, Lucas se ridiculise sur scène pour le spectacle de Noël et décide de renoncer au théâtre ! En pleine nuit, il surprend alors un mystérieux visiteur : Jolek. Le Conteur de lune est venu lui présenter trois histoires merveilleuses pour le réconforter. L’inconstance d’un Farfadet, la persévérance d’une Conteuse et le courage d’une Sirène surprennent Lucas… Mais parviendront-ils à lui redonner confiance ?


À travers les talents de Jolek, Naïk Feillet nous offre un roman où s’invitent les personnages étranges et l’univers fantastique de trois contes.

Jolek est venu pour souffler un rêve agréable à l'oreille de Lucas pendant son sommeil, mais le chat, Kiwi, confond le lutin avec une souris et réussit à le capturer !

Grâce à son chat, Lucas découvre les trois histoires de Jolek, sur la scène improvisée par le Conteur...

... Le voyage de Férogan, un Farfadet géographe, éternel insatisfait!
... Noline, la Conteuse de lune, bien décidée à aider Rosa, une jeune humaine maltraitée par son père.
... Le rocher de granit rouge, témoin fidèle de l'amour interdit de Naliéga, une jeune Sirène, et de Galénod, un Ondin.


Sélecionné pour le prix littéraire 6ème, 2013-2014, CDI collège LeClos-Ferbois


http://clg-le-clos-ferbois-jargeau.tice.ac-orleans-tours.fr/eva/spip.php?article485

Prix littéraire de la la Circonscription  Sud-Saint-Baume, organisé par la médiathèque de Sanary : le palmarès
Jolek a été récompensé par de jeunes lecteurs de CM2.

Un grand merci aux élèves, bibliothécaires et  professeurs qui ont aimé mon Conteur de lune !
juin 2011

La revue "Nous voulons lire !"
"Chacune de ces nouvelles constitue une évocation subtile d'un monde un irréel, mais proche de l'enfant. Les jeunes lecteurs pourront être sensibles à leur délicatesse."
septembre 2010


La revue des livres pour enfants, ici, sur le site de La joie par les livres
"
Les enfants aiment à s'inventer des personnages imaginaires comme Jolek et l'auteur a su rendre cette atmosphère particulière dans laquelle Lucas vit à la frontière du monde réel et du monde imaginaire, frontière que l'on traverse facilement."
janvier 2010
 


 Khimaira
"Naïk Feillet fait preuve d'une grande maîtrise et écrit dans un style fluide très agréable.
Cet ouvrage rime également avec plaisir de lecture. (...)
Réservé aux plus jeunes (à partir de 10 ans), les plus âgés auraient tort de bouder ce petit chef d'œuvre plein de sincérité. A lire en famille.
"
12 avril 2010


Dans la Revue belge de la littérature de jeunesse, Libbylit de janvier-février 2010
"Lucas est désolé, il s'est lamentablement ridiculisé lors de la représentation théâtrale de son école. Enfermé dans sa chambre, il cuve son dépit quand son chat lui ramène une drôle de souris. Un farfadet minuscule nommé Jolek qui va passer la nuit à lui raconter des histoires plus merveilleuses les unes que les autres. Sera-ce suffisant pour lui redonner confiance?
Voici une bien mignonne petite histoire. En plus, on en a trois pour le prix d'une et une jolie réflexion sur la confiance en soi."


Sur le blog Enfantipages
... "Naïk Feillet fait se joindre d'une plume sûre le monde des humains et celui des créatures imaginaires. Une plongée pleine de délicatesse et de tendresse dans l'univers du rêve qui vient si souvent aider les enfants à vivre et à sourire. A lire dès 11 ans.
A.L."
25 janvier 2010

L'Hebdo des Notes
Extrait
... "Cette lecture se pare de vertus pédagogiques: le chemin du conte et l'univers fantastique de ses héros permet à l'auteur de distraire tout en faisant référence aux valeurs humanistes"

22 décembre 2009

Les chroniques de l'imaginaire
..
. "Cette jolie histoire, à destination des enfants à partir de dix ans, a pour personnage principal un petit garçon du même âge. Cette similitude, ainsi que la justesse de ton employée par l'auteur, facilite l'identification par les enfants.
La forme est originale : trois contes insérés dans la trame principale de l'histoire font plonger le lecteur dans un univers merveilleux peuplé de lutins, de farfadets et de sirènes. Chacun des trois contes comporte une morale bien intégrée à l'histoire, qui encourage la persévérance pour vaincre les complexes et tracas quotidiens des petits et des grands. Le message est intéressant : on peut retrouver confiance en soi grâce au pouvoir des histoires et de l'imagination."
23 novembre 2009

Les Histoires sans fin
... "Jolek le conteur de lune contient donc quatre histoires ! Merveilleuses, enchanteresses et sources de réflexions, ces étonnantes intrigues sont pleine de magie et de suspense. Délectez-vous-en le soir, bien au chaud dans votre lit. Puis... laissez la magie agir dans vos rêves !"
10 novembre 2009

Sur le blog Otium
... "Subtils, ces récits se lisent avec plaisir, grâce à une écriture dynamique.
Bilan : des histoires bien écrites qui créent des univers développés et encouragent les interprétations. "

9 novembre 2009

Sophie Lenoir, du magazine
Interlignage a consacré un article à Jolek.
Extrait :
"Dans ses trois contes originaux, elle parle de quête de soi, d’audace et de tolérance. En abordant des sujets parfois sombres, mais toujours dans le but de nous éclairer. On sourit, on rit parfois, et on referme ce petit livre en espérant que cette nuit, c’est à nous que Jolek rendra visite, pour que ses histoires nourrissent nos rêves un peu trop plats. La créatrice du conteur de lune a décidément une plume que doit lui envier l’ami Pierrot…"
8 novembre 2009

Grâce à BoB, Jolek va maintenant rendre visite à Biblio, Herisson08, Heureuse, Stéphie et Yv.
8 novembre 2009

Les enfants des éléments

Les enfants des Eléments et le Cristal des Mages
Editions Odin, décembre 2006


Le matin de son départ en colonie de vacances dans un manoir breton, Poséia se réveille en sursaut après un rêve étrange : un homme et une femme lui apprennent qu'elle est la fille de l'Eau et qu'elle doit retrouver les autres enfants des Éléments pour accomplir une mission dans le monde des Mages. Parmi les pensionnaires du manoir d'Arlenn, Poséia parvient à  reconnaître, Ghéa, la fille de la Terre, Léo, le fils de l'Air et Tan, le fils du Feu.
Dans le monde des Mages, les quatre adolescents rencontrent Luxis et Gred, les Gardiens de la Porte que Poséia a vus en rêve. Ils leur confient la mission de trouver un cristal qui contient toutes les magies. Les enfants des Eléments doivent protéger cette pierre mythique et découvrir quel sombre personnage veut s'en emparer. Mais ils sont confrontés à un monde inconnu, peuplé de créatures étranges... 

Les enfants des Eléments et la disparition d'Herbiane
Editions Odin, novembre 2007

Poséia, Ghéa, Léo et Tan, les enfants des Éléments, ne pensaient pas revenir aussi vite dans le monde des Mages, mais la fée Herbiane, l’herboriste la plus douée de la péninsule du Ponant, a été enlevée… Confrontés à d’étranges fauves-hurleurs et à des grawacs, des guerriers redoutables, les enfants des Éléments découvrent que leur vieil ennemi Magle est le seul à pouvoir les aider à retrouver la fée. Qui a effacé le souvenir du livre de mémoire ? Quels secrets cachent la dague de Drinan et la curieuse filésia ? Les enfants des Éléments n’ont que quelques jours pour percer ces mystères et retrouver Herbiane…
Graphisme et illustrations : Mette Morskogen


Quelques avis

" Une histoire pleine de suspens qui tient le lecteur en haleine jusqu’au bout et le plonge dans un univers onirique où chaque instant devient merveilleux. "
Marion Loudiyi, Centre Presse, 27 février 2007

"Un livre que les ados vont adorer, dès 10 ans, tout comme les adultes", Centre Presse, 10 décembre 2007


" Dans ce livre à l’écriture ciselé et au style pétillant offert à toutes les générations on se laisse prendre au jeu en naviguant au fil des 373 pages dans un monde étrange à mi-chemin entre rêve et réalité où le fantastique le dispute au merveilleux décrit avec finesse par une jeune romancière au vrai talent "Yvon Vergnol, Sud Ouest, 6 août 2007
 

"Le lecteur est pris par la magie des récits parfaitement montés et fort bien écrits. Des livres de jeunesse pour lecteurs de tous âges. Et vivement la suite !"Yannick Pelletier, Ouest France, 4 février 2008

Commentaire de Mélanie sur le Cristal des Mages, laissé sur  mon ancien blog :
« Bonjour , j'ai 15 ans et j'ai adoré votre livre , je n'ai lu que le 1er tome et j'ai hâte de lire le second. Certes l'intrigue est assez banal, mais l'écriture est géniale, les descriptions m'on rapidemment mis dans l'histoire et la fin est superbe. J'ai particulièrement aimé le passage de la lettre de Morvan et celle de Poséia :D »

Charles Dickens, Un conte de Noël

(Publié le 24 Décembre 2009)
Charles Dickens, Le drôle de Noël de Scrooge, édition originale, 1843, Le livre de poche, septembre 2009.
Présentation de l'éditeur
Le soir de Noël, un vieil homme égoïste et solitaire choisit de passer la soirée seul. Mais les esprits de Noël en ont décidé autrement. L'entraînant tour à tour dans son passé, son présent et son futur, les trois spectres lui montrent ce que sera son avenir s'il persiste à ignorer que le bonheur existe, même dans le quotidien le plus ordinaire.
Souvent adaptée, cette histoire est sans doute l'une des plus connues de Charles Dickens. Bien sûr, il faut l'aborder comme un conte, sans oublier le contexte dans lequel l'auteur l'a écrite. Mais le ton,  l'humour et le style de Dickens la rendent encore très accessible aujourd'hui.

Même en connaissant l'histoire, la magie opère toujours grâce à une construction très bien équilibrée. La narration invite habilement le lecteur à suivre le personnage de Scrooge que l'on apprend à mieux comprendre au fil de ses voyages avec les esprits de Noël. J'ai particulièrement aimé les descriptions des spectres, et tous ces petits détails dans les décors ou les vêtements. Je ne regrette pas d'avoir relu ce grand classique dans la langue de Dickens, une façon très agréable de redecouvrir ce conte dans toute sa poésie.


Jane Austen, Raison et sentiments

(Publié le 5 Décembre 2009)
Jane Austen, Raison et sentiments, 10/18, 382p.

Présentation de l'éditeur
Raison et sentiments sont joués par deux soeurs, Elinor et Marianne Dashwood. Elinor représente la raison, Marianne le sentiment. La raison a raison de l'imprudence du sentiment, que la trahison du beau et lâche Willoughby, dernier séducteur du XVIIIè siècle, rendra raisonnable à la fin. Mais que Marianne est belle quand elle tombe dans les collines, un jour de pluie et de vent.

J'étais contente de retrouver l'univers de Jane Austen, même si je connaissais déjà l'histoire de ce roman. J'avais aimé l'adaptation d'Ang Lee et les très belles interprétations d'Emma Thompson, dans le rôle d'Elinor, et de Kate Winslet, dans celui de Marianne.
J'ai apprécié à nouveau le talent de Jane Austen pour restituer les ambiances de la sphère féminine, les sous-entendus, les regards, les attitudes, tous ces petits détails qui forgent les amitiés et les inimitiés sous le vernis de la bienséance. Jane Austen sait décrire les rêves et les aspirations confrontés aux contraintes sociales, en particulier au mariage, si déterminant dans le destin des femmes de cette époque et de ce milieu. En donnant quelques traits caractéristiques, elle nous permet de comprendre facilement ses personnages. Cet aspect m'a beaucoup plus intéressée que le côté sentimental, très développé et bien traité dans ce roman, mais qui me touche moins.
L'opposition entre Marianne et Elinor tient toute l'intrigue, sur la dualité profonde  entre la raison et les sentiments, bien sûr. Passionnée, rêvant d'amour idéal, Marianne refuse de céder aux convenances, tandis qu'Elinor, réservée, dévouée, en reste prisonnière. Les deux sont attachantes, même si je suis plus sensible au personnage d'Elinor, plus nuancé et subtil.
Marianne "Il lui était impossible de dire le contraire de ce qu'elle pensait, même dans les occasions les plus banales; et c'est en conséquence, sur Elinor que retombait la tâche de mentir lorsque la politesse l'exigeait".
Les personnages secondaires sont tout aussi intéressants, en particulier Fanny, calculatrice et sournoise, et Lucy, qui apparaît assez naïve au début du roman pour se révéler ensuite beaucoup moins lisse. La description des réactions d'Elinor, lorsque Lucy lui annonce ses fiançailles avec Edward, est réellement émouvante. Ce passage reste l'un de mes préférés du roman.
Elinor "était plus forte seule, et son bon sens la soutenait si bien que sa maîtrise d'elle-même était sûre, son apparence de gaité aussi invariable qu'il était possible de l'imaginer sous l'empire de regrets  aussi poignants et aussi récents".

Je connais encore trop peu l'oeuvre de Jane Austen et l'histoire de la société anglaise du début du XIXe siècle pour apprécier toute la richesse et la subtilité du roman.
En revanche, en lisant le livre après avoir vu le film, j'avais en tête les décors et le jeu des acteurs. Je peux maintenant confirmer ce que je supposais : l'adaptation d'Ang Lee, fidèle au texte et à l'esprit du roman est vraiment très réussie !

L'avis de Yue, celui d'Isil,