lundi 30 juin 2014

Francisco Coloane, Cap Horn

(Publié le 5 février 2009)
Francisco Coloane, Cap horn, Phébus, 2005, 182p. (édition originale, 1941)
Présentation de l'éditeur
De tous les livres qu'il a laissés. Coloane aimait à rappeler que si Tierra del Fuego était son préféré, ses lecteurs, eux, avaient toujours placé Cap Horn au plus haut. Entre les deux recueils, c'est au reste le même monde qui déploie ses noirs prestiges : ce Grand Sud chilien balayé par tous les vents de l'enfer, terre de désolation et école de solitude. Le climat brutal des récits, le traitement si particulier de la narration - débarrassée de toute " littérature " -, le style abrupt : autant d'éléments communs à ces deux volumes jumeaux qui semblent avoir été composés d'une seule coulée. Une fois de plus, Coloane raconte à son lecteur des histoires qui l'empêcheront de dormir - mais qui l'aideront à respirer en secrète harmonie avec le monde.

Cap Horn est un recueil de nouvelles qui décrivent la vie sur la Terre de Feu, dans les estancias. Là, les hommes côtoient les moutons, les chevaux, les chiens, les guanacos, les caranchos et les phoques. Pris par les contraintes sociales et économiques, ils sont liés à cette terre où les règles de vie sont si particulières. Pour certains elle apparaît comme un territoire de liberté, pour d’autres, elle est presque une prison.
« La vie est dure et on reçoit tellement de coup qu’on finit par ne plus les sentir » dit un berger dans « Chiens, chevaux, hommes ».
La nature est ici bien plus qu’un simple cadre ; Coloane en décrit aussi bien la beauté que la fureur. Le climat et l’isolement peuvent conduire les hommes à imaginer bien des choses, voire à perdre la raison (dans « La voix du vent » notamment). 
J’ai à nouveau apprécié le style de Coloane, parfois âpre et brutal, il est plus imagé et poétique que dans Le dernier mousse. Mais, et c’est la grande réussite de ces textes, il sait rester dans une juste mesure de la description.
« La Pajarera est une île allongée aux allures de monstre marin échoué, dont la crête courbée, cinglée par les violentes tempêtes du Cap Horn, semble braver les éléments et vomir des rochers déchiquetés sur lesquels la mer vient inlassablement se briser. »
Des scènes de chasse et de violence peuvent être assez difficiles à lire ; je m’en doutais et je n’étais pas certaine de finir le recueil, n’ayant aucun goût pour cette plongée brutale dans un réalisme sanglant. Pourtant, une fois la lecture commencée, je n’ai pas songé à l’interrompre.

Coloane, conteur de talent, transforme ses nouvelles en petites fables où la nature et les animaux eux-mêmes peuvent se venger. Est-ce le désir de croire en l’existence d’une force animiste ou d’un hasard justicier ? Ou bien tout simplement, comme le dit l’un des personnages, car « parfois, tout est incompréhensible ! »
Francisco Coloane laisse un doute et entretient le mystère, parfois à la limite du fantastique. Les paysages et la dureté de la vie de ces hommes engendrent autant les nouvelles proches de légendes ("L’iceberg de kanasaka", "Le supplice de l’eau et de la lune", "La vengeance de la mer", "La dernière contrebande"…) que les histoires glaçantes ("Flamenco", "Le Vellonero", "Cururo", "Cap Horn"...)

En lisant Coloane, on pense que la nature peut être dure, mais que les hommes sont cruels.
Une critique cependant : j’aurais réellement apprécié de trouver une carte, car je n’avais pas à l'esprit la géographie de la Terre de Feu pour situer avec plus de précision les lieux cités par Coloane.

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