lundi 30 juin 2014

Romain Gary, Clair de femme

(Publié le 3 Janvier 2008)
Romain Gary, Clair de femme, Folio Gallimard, 179 pages.
Ce roman raconte la rencontre entre Michel, un homme  dont la femme est atteinte d'une leucémie et vit ses dernières heures, et Yannik, une femme dont le mari, Alain, est resté handicapé après un accident de voiture. Au cours d'une nuit seulement, ces deux êtres partagent à la fois  leur détresse et leur vision de l'amour.

Résumé ainsi, le thème paraît des plus sombres, et sans le talent de Romain Gary, sa subtilité, et son humour si particulier et plein d'ironie, un tel sujet serait sûrement insupportable.
Ces "respirations" d'humour doux-amer sont apportées par Michel, lui-même, et par les personnages qu'il croise pendant cette nuit : le señor Galba et son numéro absurde avec un caniche rose, ou encore Sonia Towarski, la belle-mère de Lydia, lors de l'anniversaire d'Alain, une fête baroque aux accents russe, tzigane et yiddish.

Romain Gary évoque le couple dans deux regards qui s'opposent. Michel affronte le deuil d'un amour fusionnel en "bâtisseur de cathédrale" qui refuse de désespérer de l'amour. "Le couple signifie un homme qui vit une femme, une femme qui vit un homme." "Aimer est la seule richesse qui croît avec la prodigalité. Plus on donne et plus il vous reste. J'ai vécu d'une femme et je ne sais pas comment on peut vivre autrement."
Lydia écoute avec tendresse mais prudence ce discours où se mêlent la souffrance et l'espoir, un rêve éveillé noyé dans l'excès d'alcool pour échapper à la réalité. "Lorsqu'on rencontre un tel besoin d'aimer chez un homme, on ne sait même plus si on existe pour lui, si on est aimée, ou si on est seulement un instrument de culte."
Clair de femme est un roman sur l'amour, absolument magnifique et bouleversant ! (mais je ne sais pas s'il est vraiment conseillé de le lire dans une période de deuil ou de rupture...)
Enfin, une dernière phrase que j'ai beaucoup aimée et que je recommande à ceux et celles qui peuvent rougir de se sentir ridicule… Michel : "Si je pouvais faire rire quelques instants à mes dépens, je me sentirais mieux : prêter à rire, il n'y a rien de plus généreux".
Le roman a été adapté au cinéma dans un film réalisé par Costa-Gavras, avec Romy Schneider et Yves Montand.

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